vendredi 1 juin 2012

Neymar passe au contrôle technique.

Neymar est déjà bien plus qu'un simple joueur de football. Il est brésilien, idole malgré ses 20 ans et caravane publicitaire à lui tout seul. 
Mais qu'en est-il du joueur ? Que vaut réellement le garçon balle au pied et dans l'adversité ? Tentative de réponse avec l'analyse de la confrontation du 24 mai dernier entre Santos et Velez Sarsfield, quart de finale retour de la Copa Libertadores. 

Dans son numéro 94 de mars 2012, le magazine SoFoot a consacré un très bon dossier à Neymar Da Silva Santos Junior. On y comprend tout du personnage, de son entourage et du phénomène dont il est à la fois acteur, bénéficiaire et victime. En revanche pour ce qui est du jeu, on reste sur sa faim. Positionnement ? Points faibles, points forts ? Implication défensive ? Mystère. 

Et ce ne sont pas les highligths dont nous abreuves quotidiennement les sites internet qui pourront nous apporter un élément de réponse. "Neymar l'incroyable dribble !"...contre Catanduvense, pensionnaire de seconde division régionale. "Neymar marque un triplé !"...contre Ponte Preta Campinas, tout juste promu en première division brésilienne. Etc.

Certes, en 2012, Neymar facture 20 buts en 16 matchs avec Santos. Mais ces statistiques sont issues du Campeonato Paulista, soit le championnat de l’État de Sao Paulo, qui regroupe des équipes locales de première, seconde et troisième division nationale. Bigre !

Neymar et Gino Peruzzi au duel - © Ricardo Saibun / Santosfc.com.br
De fait, cette année, Neymar, tout le monde en parle mais personne ne l'a vu jouer. Excepté la déroute de Santos face au FC Barcelone "totalitaire" de Guardiola lors du championnat du monde des clubs au Japon.  Pour sûr on a connu mieux comme vitrine.

Alors, un type qui a Robinho comme idole pourra-t-il être crédible en Europe ? Seul l'avenir nous le dira. Avant ou après la Coupe du Monde 2014 ? Seul ses sponsors en décideront.

Le tenancier de ce blog n'ayant ni contrat publicitaire ni boule de cristal, il va sans dire que cet article n'aura pas pour but de répondre à ces deux questions. Juste l'ambition de faire une sorte d'état des lieux, de radiographie du joueur. Sur un strict plan footballistique et à un instant T. De quoi Neymar est-il vraiment fait sur le carré vert ?

Estadio Urbano Caldeira / 21:00 (Santos) - 03:00 (Liège)

Pour un européen, si l'on exclut la possibilité de se rendre sur place, voir jouer Neymar avec Santos cela veut dire faire une croix sur une bonne partie de sa nuit. Cela veut aussi dire oublier la retransmission en qualité HD, pour se satisfaire d'un streaming en 4:3. Ne pas non plus négliger les nuisances auditives dues aux 90 minutes en compagnie des insatiables commentateurs sud-américains de Fox Sport.

Et puis il faut accepter de ne pas aller se pochtronner la gueule avec ses potes au bar du coin un jeudi soir. Ce petit con a donc intérêt à être bon. Ou nul. Enfin, quelque chose, histoire de compenser tous les sacrifices endurés.

Torcida Jovem - © Marcos Ribolli / Globoesporte.com


Mais, puisque les équipes entre sur le terrain, retour au jeu.

Si l'on est en droit de considérer cette rencontre comme un examen de passage légitime pour Neymar cette saison, c'est que nous sommes en présence :

D'une rencontre de haut niveau. Quart de finale de la Copa Libertadores, la plus belle des compétitions de clubs sud-américaine.
D'une rencontre décisive. Dans un système de match aller-retour, Santos s'est incliné 0-1 en Argentine et doit donc vaincre pour poursuivre dans la compétition.
D'un joueur en forme. Frais, car mis au repos le week-end précédent contre Bahia pour le compte du Brasileirão, et affuté, championnat Paulista (1) oblige.
D'un adversaire de valeur. Ce Velez Sarsfield est une équipe de bonne qualité. Le club est présent dans le haut de tableau du championnat argentin depuis plusieurs années, avec à la clef deux titres remportés lors des Clausura 2009 (2) et 2011. 
D'un contexte particulier. La manière compte autant que la victoire. Au match aller, Santos n'a pas vu le jour. Une action litigieuse sur un dribble de Neymar dans la surface adverse (contact d'un défenseur argentin, penalty ?). Deux coups de pied arrêtés d'Elano, corner et coup franc directs. La maîtrise argentine. Le néant brésilien. Défaite 0-1. Résultat logique.

Santos x Velez Sarsfield / Copa Libertadores / Quart de finale retour

Pour ce match, et dans un schéma de base en 4-3-3, le brésilien occupe le flanc gauche de l'attaque du Peixe.

En première période, Neymar alterne entre la position d'ailier et de milieu gauche, revenant parfois chercher très bas le ballon. Celui-ci joue constamment le long de la ligne de touche et ne repique au cœur du jeu qu'à de très rares exceptions (3 fois sur 27 ballons joués). Dans le même registre, l'attaquant ne permutera qu'une seule fois avec son coéquipier de l'aile droite, Elano, et il faut attendre la 35ème minute pour cela.

Au rayon des satisfactions, physiquement, Neymar donne de sa personne. Il participe au pressing lorsque l'adversaire est en possession du ballon, va au contact et ne refuse jamais le duel aérien (4 situations pour 2 ballons gagnés de la tête).

Mais dans le jeu au sol, l'attaquant multiplie les duels en un contre un avec son adversaire direct, le latéral droit Gino Peruzzi, sans jamais l'effacer (les quatre duels perdus sont à mettre au crédit du défenseur argentin). Problème le joueur en question, 19 ans, ne compte que 11 apparitions en professionnel, toutes sous le maillot de Velez Sarsfield, et seulement deux titularisations (pour 4 matchs disputés) en Copa Libertadores...

La tache bleu ciel étant gardien de but, si l'image n'est
pas nette, l'action l'est d'avantage.

Les situations de frappe se font rares pour l'attaquant et ses deux seules tentatives sont hors-cadre. Seul point positif pour lui dans ce premier acte, le tournant du match est bien l’œuvre de l'axe Ganso - Neymar, très peux mis en valeur jusque là. A la 39ème minute, la longue ouverture du premier, dans le dos des défenseurs, est dans la course du second. Sortie hasardeuse du gardien argentin. Contact aux 18 mètres et expulsion.

Velez Sarsfield passe à 10 mais la physionomie du match ne s'en trouve pas pour autant bouleversée. Venu défendre coûte que coûte le résultat du match aller, le club argentin passe d'une équipe regroupée derrière et procédant en contre à une équipe barricadée derrière et ne procédant que très rarement en contre (mention spéciale au Burrito Martìnez, démarche empruntée pour technique de feu). 

Au final, son omniprésence dans la construction du jeu lors de la première demi-heure lui aura principalement servi à obtenir des fautes (5 dont 3 à intervalles très rapprochés à la fin du premier quart d'heure). A la première minute et dans la foulée de l'expulsion, ces fautes obtenues amèneront deux coups francs dangereux, frappés par Elano.

 Neymar / N° 11 / Fiche technique


1ère Mi-Temps
2nde Mi-Temps
Total
Ballons joués
27
26
53
Ballons perdus
11
9
20
Duels (dont aériens)
9 (4)
6 (2)
15 (6)
Duels gagnés (dont aériens)
5 (2)
4 (2)
9 (4)
Frappes
2
-
2
Frappes cadrées
-
-
-
Buts
-
-
-
Centres
1
3
4
Centres réussis
-
-
-
Fautes
2
2
4
Cartons
-
1
1
Fautes obtenues
5
-
5
Cartons obtenus
2 (1 rouge)
-
2
Hors-jeux
-
1
1

En seconde période, si le siège du but de Montoya se met en place, Neymar est toujours aussi inoffensif. Les duels se raréfient et laissent place à une multitude de passes latérales ou en retrait. L'attaquant recule de quelques mètres et abandonne la zone décisive des vingts derniers mètres.

A partir de la 55ème, et l'espace de quelques minutes, Neymar s'en va provoquer sur l'aile droite. Il semble redevenu incisif, sans pour autant y être décisif. Rapidement de retour sur l'aile gauche, on assiste à l'heure de jeu à une séquence affligeante.

Après un nouveau duel direct remporté par Peruzzi, Neymar va exploiter ses 5 ballons suivants de manière identique. Après les avoir reçus, dos au jeu et à 35 mètres des buts adverses, celui-ci va systématiquement les renvoyer dans l'axe, vers la paire Mariano - Ganso, sans même les avoir portés. Presque une capitulation.

Gino Peruzzi, pas encore un vieux briscard... - Footballdatabase.eu


En pointe, en soutien, de nouveau à droite. S'en suit un exil forcé sur le front de l'attaque, au gré des entrées de joueurs, dont Wason Renteria (65e), attaquant colombien et ex-joueur de feu le RC Strasbourg, et des changements de dispositif, avec un passage en 4-4-2.

A la 71ème minute, nouvelle séquence de jeu plus qu'embarrassante. Neymar décide cette fois de porter le ballon pour un mouvement de type "essuie-glace", toujours aux 35 mètres. Gauche - droite, puis droite - gauche. De longues secondes sans jamais pouvoir décrocher son chien de garde attitré, avant de se résigner à laisser la ballon à Ganso qui, sur son contrôle, élimine son adversaire direct et décoche une frappe que le portier adverse détourne en corner.

 Son impuissance dans le dribble va alors laisser place à des tentatives de centre (4 dont 3 en seconde période), toutes effectuées à l'arrêt et toutes annihilées par le jeux aérien argentin. 

"E mortale Neymar, é umano !" Ou quand Fox Sport se rend enfin à la raison.

De son entêtement à vouloir faire la différence individuellement, avec la réussite que l'on sait, résulte un constat. Dans le temps que Neymar passera à gauche, à aucun moment il n'y aura de combinaison avec son arrière latéral, Juan puis Léo à partir de la 72ème. Le plus cruel c'est que c'est suite à une combinaison Léo - Ganso, construite dans l'axe, que l'attaquant de pointe Alan Kardec ouvrira le score.

Justement, son implication sur l'unique but de son équipe à la 77ème minute ? Elle se limite à une tentative d'étranglement sur le buteur lors de la célébration. Pire son implication sur les quelques actions dangereuses à mettre au crédit de Santos dans le second acte est proche du néant.

Seul fait marquant, un "croquage" sur une énième ouverture millimétrée réalisée depuis l'axe par l'omniprésent Ganso. Dans la minute qui suit l'ouverture du score, Neymar est enfin à la réception du ballon en position dangereuse. Démarqué au coin des 6 mètres, il présente un plat du pied, loupe la gonfle et le but de la qualification.

Si, physiquement, Neymar pioche, un miracle à lieu à la 84ème minute de jeu. Pour la première et unique foi du match il efface Peruzzi, crochète le défenseur central avant de décaler son attaquant au coin droit de la surface de réparation. Pas de bol, Renteria est un cave, son contrôle est catastrophique et permet un tacle défensif salvateur. Monde cruel.



Après ce baroud d'honneur, Neymar disparait totalement du jeu de son équipe pour ne plus toucher aucun ballon jusqu'au coup de sifflet final. 

Et l'épilogue est tout aussi triste. Si Santos s'impose aux tirs au but, là encore l'attaquant n'y est pour rien. Les brésiliens n'ont besoin que de quatre tireurs pour l'emporter 4-2. Neymar était cinquième sur la liste...

Au final Neymar à joué à gauche, très rarement à droite puis un peu dans l'axe. Il s'est dépensé sans compter et à provoqué l'expulsion du gardien adverse. Pour le reste, presque 40% de ballons perdus. Aucune frappe cadrée. Des centres qui n'arrivent pas à destination et un match dans le match remporté à la loyale par un défenseur novice, au point de renoncer à prendre en main les destinés de cette partie capitale.

A domicile, dans un match à enjeu et dans une équipe qui joue pour lui, l'attaquant à failli dans les grandes largeurs. Et ce malgré une implication et une volonté de vaincre évidente. Neymar à sans doute pâtit d'une équipe de Santos plus faible qu'il n'y parait, et très limitée tactiquement, mais son propre manque de variations et son entêtement à ne jouer que pour lui même laissent perplexe.

S'il fallait conclure avec un brin de mauvaise foi, sachez que le vrai nouveau crack du football mondial joue bien à Santos. Mais il porte le N°10 et se nomme Paulo Henrique Ganso.

Raphaël Giambelluco


(1) 19 journées et un tableau final entre le 21 janvier et le 6 mai 2012.

(2) Match épique contre le Huracan d'Angel Cappa et de Javier Pastore "le maudit", voir ici.

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