jeudi 20 octobre 2011

Les Indignés étaient à Bruxelles. La Police aussi.

Dans le cadre d'un dossier sur le mouvement des Indignés, à Bruxelles mais aussi à Rome, premier article sur le contexte policier de la rencontre belge.

Les Indignés étaient à Bruxelles. Ces groupes de marcheurs venus de toute l’Europe sont arrivés le samedi 8 octobre dans la capitale européenne pour y échanger pendant une semaine autour des thèmes de l’alternative sociale et politique, et pour réclamer ce qu’ils appellent une démocratie réelle. Le mouvement qui se revendique comme pacifiste a pourtant très vite rencontré ses premières difficultés avec les autorités locales.

Cela devait être un moment de fête pour le mouvement des Indignés. Ce samedi après-midi, le parc Elisabeth, situé sur la commune de Koekelberg, devait être le théâtre du début du rassemblement avec la jonction des différents cortèges de marcheurs. Mais aux effusions de joie et autres embrassades collectives ont assez vite succédé les premiers accrochages et un moment de forte tension avec les forces de l’ordre, ponctués de quelques heurts.

En effet l’autorisation de camper sur le site du parc, accordée de longue date par la municipalité, a brusquement été retirée vendredi dernier. Les représentants de la police proposant quant à eux la solution non négociable d’un hébergement dans les locaux inoccupés de la Hogeschool-Universiteit Brussel.

Face au mécontentement d’une partie des Indignés, déterminés à maintenir le campement en extérieur pour faciliter la mise en place d’un lieu d’échange avec la population, les forces de l’ordre ont alors effectué une évacuation musclée peu avant minuit.
Après une bousculade et l’usage de gaz lacrymogènes, 48 Indignés dont 27 espagnols ont été conduits au commissariat d’Etterbeek pour douze heures de rétention administrative. Plusieurs personnes dénoncent aujourd’hui les conditions d’arrestation et de détention, entre usage des chiens, mauvaises conditions d’hygiènes et pressions psychologiques.

A la suite de  cet épisode, les Indignés ont poursuivi leurs ateliers et assemblées populaires dans le calme, au sein des locaux de l’Université et à l’extérieur comme devant le siège bruxellois de la banque BNP Paribas, mais seulement en journée. Et si l’atmosphère semblait apaisée, les participants faisaient toujours état de la présence constante de policiers en civil lors de la tenue des différents travaux.

Un nouvel épisode survenu le mercredi 12 octobre a considérablement accru les tensions pour le reste de la mobilisation. Une action des Indignés se déroule alors au siège de la Banque Dexia à Bruxelles et voit les participants être interpellés sur place par la Police. Assises sur le sol et menottée une jeune grecque va alors être frappée violemment au visage par un policier en civil.


Et si l’arrivée de plusieurs centaines d’autres marcheurs venus des Pays-Bas ou d’Allemagne se fera dans un climat plus calme, la grande manifestation mondiale, point d’orgue de cette semaine de mobilisation et dont un cortège doit arpenter les rues de la capitale belge le samedi 15 octobre, restait l'objet de toutes les attentions.

Une polémique est née au sein même du mouvement des Indignés au sujet de la commission dite de Legal Team. En charge du bon déroulement du rassemblement et de l'accès à des avocats en cas de problème, elle propose de refuser l'aide juridique aux personnes violentes lors de la manifestation, allant même jusqu'à vouloir identifier et dénoncer aux autorités les fauteurs de trouble... Proposition qui restera sans suite face au rejet des avocats et de l'Assemblée décisionnelle.

Avec un parcours symbolique autour du quartier des Institutions Européennes et aucune estimation viable du nombre de manifestants, des débordements étaient envisageables malgré les engagements résolument pacifistes du mouvement des Indignés.

Face à un dispositif policier conséquent, le cortège déambulera dans le calme. Bien aidé en cela par des brigades de clowns mises en place pour "détendre l'atmosphère de tout situation conflictuelle" et un trajet qui évitera soigneusement d'approcher au plus près le cordon de l'ESI (Escadron Spécial d'Intervention), équivalent belge de nos CRS, aux abords du quartier des Ambassades.

ESI vs Brigade des Clowns / Quartier des Ambassades. Bruxelles.
Si les affrontements et la répression ne sont pas au rendez-vous, l'atmosphère reste pour le moins étrange. La place Schumann, initialement mise à disposition par les autorités compétentes, pour accueillir la manifestation en fin de parcours et y permettre la tenue d'une Assemblée Populaire, est finalement inaccessible. Emplie de policiers et recouverte, c’est plus étonnant, d'une multitude de barbelés en croisillons tout droit sortie d'un mauvais film de guerre. Ajoutez à cela un véritable Check Point avec filtrage des manifestants pour pouvoir sortir du quartier. Accompagné en cela de propos outranciers et des sourires en coin de rigueur, le tableau est complet.

A ce décor quelque peu surréaliste s'ajoute une rumeur qui courre depuis le début de l'après midi et qui s'avérera être une véritable information. "Pendant que l'on manifeste, les flics évacuent l'Université des quelques personnes présentes sur place et de toutes nos affaires, tentes, pc etc."
En effet, sur arrêté du Bourgmestre, la Police à pris possession des lieux 24 heures avant la fin de l'autorisation d'occupation et met, là aussi, en place un barrage filtrant. Elle ne laisse rentrer les occupants qu'au compte goutte, et toujours accompagnés d'un pandore, pour récupérer leurs affaires personnelles sous bonne escorte. Appareils photo et caméras étant évidemment proscrits. Ambiance.

Toute la semaine a donc été émaillée d'incidents plus ou moins graves entre des Indignés dont le pacifisme revendiqué s'est appliqué dans les faits et des forces de l'ordre dont on peine à comprendre ce qui les motivera dans leurs agissements. Entre violences, non respect des accords passés avec les "organisateurs" et pressions en tous genres en marge d'une manifestation symbolique. 

Force est de constater que cette dernière a malheureusement servi de vitrine médiatique aux autorités pour y exposer un comportement de façade des plus policé.

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