jeudi 18 août 2011

Pastore, Lamela. Joueurs créateurs pour palmarès disparus.

En France comme en Italie, au Paris Saint Germain comme à l’AS Roma, le futur footballistique de ces deux clubs semble devoir s'écrire inévitablement par le biais des prochaines performances sportives des deux milieux offensifs argentins.

Sans s’attarder sur les montants plus ou moins exorbitants de leurs transferts respectifs, plus révélateurs de l’état du « marché » que d’un réel niveau footballistique, Javier El Flaco Pastore, 22 ans, arrivé au PSG en provenance du club italien de Palerme et Erik Lamela, 19 ans, arrivé à la Roma en provenance du club argentin de River Plate, seront dès cette saison les joueurs qui serviront d’étalon de mesure à leurs nouvelles formations.

Dans les deux capitales, les scenarii ont été les mêmes. Face à des résultats sportifs et des palmarès en berne, les deux clubs ont changé d’actionnaire principal et de président, qatari pour le premier, américain pour le second, avec dans la foulée investissements financiers et ambitions en forte hausse.

Buenos Aires, le Tiki-Tiki et Angel Cappa.

A Rome la présence du capitaine emblématique Francesco Totti pourra servir de paratonnerre à la pression reposant sur les épaules du jeune meneur. A Paris en revanche les départs des tauliers Makélélé et Giuly laisseront au natif de Córdoba les clefs du jeu et les attentes qui en découlent.

N° 16 Javier Pastore pour Huracan - N° 10 Erik Lamela pour River Plate



Dans un passé récent, la création argentine sur un terrain, celle qui s’attache à organiser le jeu de l’équipe avant de penser à la conclusion des actions, était symbolisée par Fernando Redondo, Pablo Aimar, Juan Román Riquelme ou encore Juan Sebastián Verón. Le futur, c’est eux.

Pastore, créateur mais aussi finisseur, utilise la verticalité, se projetant depuis le milieu de terrain vers l’avant, pour épauler ses attaquants. Lamela préfère lui organiser le jeu au niveau de la ligne médiane et, pour se défaire au maximum du marquage adverse, utiliser toute la largeur du terrain. 

Pour le reste, les deux joueurs possèdent la même philosophie de jeu. Celle du Tiki-Tiki, balle au sol et un minimum de touches pour plus de fluidité, inculquée par le même entraineur, Angel Cappa. C’est lui qui choisira d’en faire des titulaires indiscutables en Argentine et les leaders techniques au sein d’El Globo Huracan et de River Plate, deux clubs de Buenos Aires. 

Sa vision du football, proche de l’idéologie, est celle d’un jeu où la manière compte plus que le résultat final, où le collectif prend le pas sur l’individu mais où les artistes mènent le bal pour contenter les foules.


La défaite comme partenaire de jeu.

Certes ces deux joueurs n’ont pas l’histoire des héros argentins actuels, Carlos Tevez gosse des bidonvilles argentins, Lionel Messi superstar exilée trop jeune ou Sergio Agüero gendre d’El Pibe de Oro, mais leurs parcours sortent du lot. Ils sont cependant entachés d’une noirceur et d’un même goût prononcé pour la défaite.

Tous deux ont vu les clubs de leurs débuts en Primera argentine descendre en seconde division pendant ou après leur passage. Tous deux ont un palmarès vierge, marqué par de multiples échecs lors de confrontations capitales. 

Défaite en match de barrage contre Velez Sarsfield lors de l’attribution du titre de champion de la Clausura 2009 et défaite en finale de la Coppa Italia 2010/2011 contre l'Inter Milan pour Pastore. Défaite en match de barrage contre Belgrano, entérinant la rétrogradation des Millonarios en 2011, et défaite aux tirs au but dans le quart de finale opposant l’Argentine, dont il est capitaine, au Portugal lors de la Coupe du Monde des moins de 20 ans, la même année, pour Lamela.



"Démarche pataude et éclairs de génie"

C’est dans cet état de fait que réside le paradoxe de leurs acquisitions respectives. Deux clubs à la recherche de titres et d’un certain lustre perdu viennent de confier la réalisation sportive de projets économiques colossaux à deux adolescents sans palmarès. Des footballeurs dont la science du beau jeu est pour l’instant restée impuissante face à un destin de perdant romantique qui sied déjà à merveille à celui qui les a découverts.

Deux joueurs pour le moment hors de forme, qui, en attente d’un physique retrouvé, ne pourront donner la mesure de tout leur talent qu’au début du mois d’octobre. Deux joueurs qui jusque là, alternerons démarche pataude et éclairs de génie quand des conseils d’administration enfiévrés imposeront la démission de l’entraineur pour s’assurer la manne financière de la prochaine campagne de Ligue des Champions.

Mais promis, en 2011-2012, sous vos yeux ébahis mesdames messieurs, la rentabilité financière du monde du football va prendre un grand coup dans la gueule et laisser jouer au ballon deux surdoués argentins, anciens élèves d’un entraineur gauchiste et aujourd'hui au chômage.

Prends ça la crise !


NDLR : L’auteur de ces lignes croit bon de préciser qu’il a lui-même visionné dans leur entièreté (en plus des highlights et autres compils youtube) entre 10 et 15 matchs de chacun de ces deux joueurs sur les deux saisons précédentes. L’auteur se targue également d’avoir assisté à la totalité des échecs footballistiques susnommés de ces deux génies du ballon rond. Et d’avoir pu prendre part à la rencontre Fiorentina / Palermo de la 6e journée de Serie A 2010-2011 au sein de la Curva Fiesole pour voir, médusé, la partition de Javier Pastore, buteur et vainqueur de ce match à lui tout seul…

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