mardi 18 janvier 2011

Comunismo: Firenze rossa per anni neri.

Le Parti communiste italien n’est plus… ou presque. Dissout en 1991, il a donné  naissance au parti politique Rifondazione Comunista (RC). Après les élections de 2008 et pour la première fois après-guerre, le parti ne possède plus aucun élu, député ou sénateur, au Parlement. Dans ce champ de ruines, c’est au niveau local que l’idéal communiste perdure et à Florence, c’est le CPA-FISud qui en est l’un des acteurs de référence. (article paru dans le numéro d'Europa de février 2011)

Et ce jeudi soir, le Centro Popolare Autogestito, situé au sud de la ville dans le quartier de Gavinana, a encore fait le plein. Comme chaque semaine, la cena sociale - comprenez repas solidaire ouvert à tous - accueille une soixantaine de personnes. Contre quelques euros chaque convive partage un menu complet où, du chianti aux idées politiques, le rouge est la couleur dominante. Pour Lele, le chef cuisinier, « au Centre, le repas nous le voyons comme le point cardinal de la vie sociale du lieu ». Celui où tous, fondateurs historiques comme bénévoles occasionnels, se retrouvent dans une ambiance familiale sous le préau de ce lycée désaffecté.

Le CPA-FISud c’est d’abord une histoire d’occupation. Dans un quartier de la banlieue florentine où la consommation d’héroïne commence à faire des ravages, un premier centre social voit le jour à la fin des années 1980 dans une ex-école maternelle, à l’initiative d’un groupe d’habitants.


Quand la mairie de quartier propose d’y installer un centre d‘accueil pour personnes handicapées, ils acceptent de restituer les lieux et s’installent dans une usine désaffectée toute proche. De ces 33 000 m2 réquisitionnés naitra véritablement en 1989 le Centre populaire autogéré. Les activités mises à la disposition de la population, « de la mère de famille au grand-père partisan », se mettent en place avec comme ligne directrice bénévolat et gratuité. Cours de théâtre, ciné-forum, réfectoire… une salle de concert d’une capacité de deux milles places est même créée de toutes pièces.

C’est aussi le début de l’affirmation d’un esprit internationaliste qui symbolisera les activités politiques futures, soutient aux mouvements indépendantistes basques ou palestiniens, en lien avec d’autres Centres sociaux en Italie. Mais la logique de marché et la spéculation immobilière auront raison de l’initiative et en novembre 2001, la préfecture ordonne l’expulsion pour laisser place à un projet immobilier aux visées moins solidaires : la construction d’un centre commercial.

« LIEU D’EXPRESSION CULTURELLE AUTOGÉRÉ»

La nuit est tombée et le repas se poursuit. Les plats s’enchainent comme les occupations.
« Dès la fin du mois de décembre 2001, nous sommes entrées dans ce lycée abandonné. Et tout de suite les travaux de remise aux normes ont commencé. Isolation, insonorisation, normes de sécurité (…), le boulot ne manquait pas » se souvient Alessandro, bénévole de longue date. Sa spécialité : l’informatique. Sous son impulsion le CPA-FISud possède désormais un Hacklab, espace d’accès libre à internet et de cours d’informatique, où Linux règne en maitre.

Pour l’ensemble des autres activités disponibles le schéma est le même. Une personne propose de mettre ses compétences au service de la communauté de manière bénévole. L’assemblée participative hebdomadaire, seule habilitée à prendre les décisions relatives à la vie du Centre, donne son accord et le projet voit le jour avec l’aide de qui veut. Salle de cinéma, salle de concert et de théâtre, laboratoire photographique, cuisines collectives, bibliothèque ou librairie, tous sont des projets pérennes qui fonctionnent au quotidien.


 « Le Centre est un bien commun, il appartient à tous ceux qui souhaitent aider à son fonctionnement. En revanche, personne n’y vit et personne n’y dort. Ce n’est pas un squat mais un lieu d’expression culturelle autogéré ». Cette précision semble lui tenir à cœur. Le message est clair. Le règlement des lieux est bien visible ; on se doit de l’accepter dans sa totalité. En écho à l’un des combats initiaux, celui de la lutte contre l’héroïne, l’usage de drogues dures y est prohibé, l’alcool personnel interdit et les portes closes durant une partie de la nuit. Le Centre se veut comme une famille, une famille avec ses règles et ses idées.
Les valeurs communistes y sont omniprésentes et, pour qui viendrait à les oublier, les drapeaux rouges flottant sur la grille d’entrée et la faucille et le marteau ornant les murs des locaux sont là pour le rappeler.

UNE ACTION POLITIQUE LOCALE

Et les rapports avec le parti communiste ? Mes voisins de table stoppent leur conversation et nous fixent avec insistance. Simple curiosité ou intérêt réel, en tout cas le sujet semble sensible. Mais Alessandro l’aborde sans gêne. « Nous n’avons aucuns liens avec les partis de centre-gauche. Pour ce qui est de l’extrême gauche, avec la Rifondazione Comunista les rapports restent à un niveau individuel. Un de leurs conseillés municipaux pourra organiser quelque chose avec le Centre mais toujours en son nom et pas au nom du parti », dans l’état actuel du paysage politique italien les liens les plus forts sont ceux entretenus avec le Parti Communiste des Travailleurs qui privilégie une activité militante au niveau local. Ensemble ils ont pris position contre la construction d’un centre de rétention pour les immigrés en situation irrégulière ou contre les suppressions d’emplois du groupe industriel de prêt-à-porter SASCH en Toscane.

Alessandro de rajouter, « en tout cas (…) le CPA-FISud n’a jamais été et ne sera jamais le lieu d’un parti ». Si la sentence parait si certaine c’est que la question s’est déjà posée de manière concrète. En 2001 après l’expulsion de l’ancienne fabrique automobile, la RC a proposé un autre lieu. « Nous avons choisit de refuser. Commencer à être hébergé par un parti et donc être légalisé veut dire, à un moment ou un autre, irrémédiablement, avoir les mains liées et devoir suivre la position de ceux auprès de qui nous sommes redevables. Et cela contre nos propres convictions ».


Ici l’illégalité permet la liberté. D’ailleurs on ne parle pas de financement mais bien d’autofinancement. Le CPA-FISud ne perçoit pas d’aides, ni de la mairie de Florence ou de la Région Toscane, ni d’aucun autre organisme. L’argent récolté c’est celui des repas ou des concerts organisés in situ. Pour ce qui est d’une nouvelle expulsion, et malgré le fait que le terrain appartienne toujours à la Compagnie publique des eaux de la ville, la probabilité reste faible. Avec ses 21 années d’existence et son combat contre la logique de marché global, il est aujourd’hui un acteur central pour la gauche extra-parlementaire dans tout le centre de l’Italie.

La cena touche à sa fin. Lele ramène les plats en cuisine avant d’entamer une scopa, jeu de cartes italien, autour d’un dernier verre. A l’autre bout du préau un petit groupe s’est réuni. Demain c’est le rendez-vous annuel avec les familles des partisans de la Brigata Sinigaglia, brigade antifasciste ayant combattu pour la libération de Florence en 1944, et les anciens s’affèrent pour préparer l’hommage qu’ils rendront à ceux qui ont défendu leur liberté.
Le communisme italien n’est plus… ou presque.  

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En bonus, retrouvez ici quelques clichés supplémentaires de ce repère cripto-communiste résistant  internationaliste, et ci-dessous la bande sonore complète (en deux parties) de l'interview avec Alessandro et mon accent inimitable :

mercredi 5 janvier 2011

Monographie d'un changement d'année.

2011 débute par un reportage de terrain. N'écoutant que son courage, le rédacteur de ces quelques lignes a effectué pour vous une plongée "embedded" au cœur du réveillon de jeunes beaulieusards en escale sur la côte atlantique. Multicarte, cet intrépide reporter vous propose des images et du son. Champagne!!! 

[Les bandes sonores étant, comme la vie, un éternel recommencement, pensez donc à effectuer un arrêt manuel pour profiter du voyage dans les meilleures conditions.]

21H00. Pour nourrir 17 personnes le chef a sa botte secrète. Le coup de la "planchette végétarienne".




22H30. Opération "Sauvons la viticulture".



23H... . De la solitude de l'utilitarisme exacerbé.





Dj set de prestige.






...H... . Les réservistes s'apprêtent à entrer en scène.
 


A cette heure avancée, la boisson est au centre de toutes les attentions. La rumeur des
bulles se perd dans le brouhaha des élucubrations et autres divagations de
convives prêts à tout pour s'en procurer toujours plus.


De l'évaporation des liquides...






A cette heure là, pas sûr que le plus vif soit celui auquel on pense.







Et comme tout n'est au final qu'une histoire de bouffe, 
on finit comme on a commencé...

 

That's all folks. A l'année prochaine.