lundi 20 septembre 2010

"Meritiamo di Più".

Ce samedi à Florence c'était Calcio, et ici ce n'est pas simplement du football.
Quand le cliché s'avère être une réalité.

Tout commence par une chasse aux infos. L'objectif étant de faire rentrer six français (je suis accompagné de mes voisins) au stade, le terrain se doit d'être balisé. Mes colocataires italiens m'annoncent que l'on peut acheter des billets sans problème, mais le doute persiste.
En effet pour cette partita entre la Fiorentina et la Lazio de Rome, le défi consiste à pénétrer dans la Curva Fiesole, le virage des tifosi à Artemio Franchi. Ou comment assister en touriste à un match avec les Ultras...

10H, l'heure d'aller prendre un café à la Pasticceria du coin de la rue, de jouer le bon client, de discuter le coup avec le patron et d'obtenir plus de renseignements.
Mission accomplie. Après les palabres, je ressort avec l'adresse du bar des habitués de la Fiesole, qui vend également des billets.

16H30, après un repas à l'italienne, donc d'une durée de quatre heures, à la colocation, nous prenons le bus direction Stadio Communale. La consigne est passée à mes acolytes néophytes. Aucun vêtement bleu ciel, couleur adverse.
Le bus est plein, le violet et l'anglais dominent. Arrivé à destination, spectacle classique. Carabinieri à foison, rues bloquées et tireuses à bière. Après quelques atermoiements, nous obtenons sans problèmes les sésames à 17 euros pièce. Les places en "présidentielle" sont à 145 euros, ma carte bancaire dit non.

SS Lazio c'est pour Società Sportiva...
Aujourd'hui l'ambiance est particulière.
Côté sportif, les résultats ne sont pas bons (un nul et une défaite). Mutu, Jovetic et Dagostino ne sont pas là, et donc, sans créateur, la qualité de jeu, primordiale à Florence, non plus. Le nouvel entraineur, Sinisa Mihajlovic doit faire ses preuves et obtenir sa première victoire dès aujourd'hui.
De plus, Gilardino et Montolivo, après avoir participé à la Coupe du Monde, sont hors de forme mais titularisés faute de remplaçants crédibles. Fait très rare ici, ce dernier a même était "invité" à ne pas décevoir  son monde ce soir, par le biais de tags autour du camp d'entrainement.

Mais en Italie, le football ce n'est pas que du sport. On s'en aperçoit en rentrant dans la Curva.
Deux tifo sont déployés en hommage à des ultras disparus. Alessandro Papini, tifoso de Savoia, mort il y à deux ans percuté par une voiture et Giancarlo Nencioni, tifoso "historique" de la Fiorentina, disparu dans la semaine. Les joueurs viennent déposer des gerbes de fleurs avant leur échauffement, sous les applaudissements.

18H, le match démarre avec... une grève des encouragements dans les dix premières minutes pour protester contre la Tessera dello Tifoso. Cette carte est obligatoire depuis le début de la saison pour toute personne souhaitant  voir son équipe à l'extérieur. Présentée comme un moyen de lutter contre la violence dans les stades, la carte en profite pour se donner un petit côté Big Brother. Photo et informations personnelles, puce électronique et système de géolocalisation. La totale. Et le pire c'est que pour essayer de se faire accepter, ce système propose à l'abonné des réductions sur des marques de consommation courante. Du flicage pur et dur entouré par des promotions...

Pour dénoncer ce système et se foutre de sa gueule, les Ultras reprennent en coeur "no no no, no alla tessera" sur l'air de l'ignoble Waka Waka, hymne de la World Cup interprété par Shakira. Une sacrée barre de rire.

La Tessera est une belle connerie, remettant en cause les libertés individuelles d'une partie de la population désignée d'office comme suspecte et dangereuse, mais c'est grâce à elle que nous sommes dans la Curva  Fiesole aujourd'hui. Sentiment ambivalent.
Alors pour se faire pardonner, on chante, on crie et on insulte les laziali en français dans le texte.

Sur la pelouse, c'est catastrophique. Pas de mouvement, pas de technique et pas de prise de risque. La Viola joue la peur au ventre et quand l'arbitre lui accorde un pénalty à la demi-heure de jeu, c'est le jeune serbe Ljajic, remplaçant du remplaçant, tellement inconnu qu'il n'a même pas eu sa photo sur l'écran géant lors de la présentation des équipes, qui prend ses responsabilités et marque. Celui-ci vient saluer une Curva qui l'acclame et en fait son héros du jour. Monsieur.

Montolivo, le capitaine, regarde ses pompes et multipliera les mauvais choix tout au long d'un match qui ne sera ensuite qu'une longue descente aux enfers. Niveau indigent et victoire méritée de la Lazio 2-1.
En seconde mi-temps, les chants à la gloire de la Viola et de la Fiesole font place à un "Andate a lavorare" , un ironique "Difendiamo il resultato" et à un "Meritiamo di più" final qui résonne encore.
Ceux à l'encontre de Rome (très fleuris) et de la Tessera font toujours recette.



En tout cas, malgré un niveau footballistique proche du néant, l'ambiance est incroyable, la bière est bonne et la weed fait plus de nuages que les fumigènes. Les Groupes Ultras 7Bello et CAV (Collettivo Autonomo Viola) assurent le spectacle et leurs capi forcent le respect.

20H, l'orage a attendu la fin du match pour nous tomber sur le coin de la gueule.
20H15, les tifosi ont attendu la sortie des dirigeants et des joueurs pour leur tomber sur le coin de la gueule.
Pendant ce temps, les rares ultras de la la Lazio ayant fait le déplacement ont réussit à démonter à coups de pieds la vitre de sécurité qui entoure leur partie de tribune et tente d'en découdre avec les familles présentes en tribune latérale et le service de sécurité. Surréaliste.

Pour nous c'est l'heure de l'apéro. Noyer son chagrin dans l'alcool pour oublier la défaite. L'excuse est toute trouvée.

Le prochain match à domicile, c'est contre Parme le dimanche 25 septembre. Ça vous étonne si je vous annonce que j'y serai ?

1 commentaire:

  1. Bon, d'accord, c'est dément comme commentaires : forza Rafael!
    Mais Beaulieu, ils ont fait combien ?
    Tonton Marcel

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